Quand, il y a quelques mois, ma chère et tendre me proposa d'aller passer une semaine à Hammamet pour fêter les 80 ans de sa mère, j'avoue que j'étais pour le moins circonspect. L'image que j'en avais alors était des kilomètres de plages avec hôtels de luxes, médinas en carton pâtes et souks d'apparat pour boutiques de T-Shirts. Si l'on s'en tient à Yasmine-Hammamet ce cliché n'est du reste pas totalement faux. Mais dès que l'on s'écarte un tant soit peu de ces lieux artificiels, dès que l'on approche, même furtivement, la vraie Tunisie, on découvre un pays attachant au possible et aux richesses insoupçonnées.

La première étape de notre pèlerinage fut naturellement Zaghouan (زغوان), plus précisément Béni Derraj où Catherine passa les premières années de sa vie. À peine débarqués des voitures nous fûmes entourés d'un groupe d'autochtones qui demandèrent aussitôt : « Vous êtes la famille G...... ? ». Non, personne n'avait annoncé notre visite, mais qui aurait pu s’arrêter dans ce hameau agricole si ce n'est la famille des colons qui quittèrent les lieux 50 ans plutôt ? La maison et la plupart des terrains sont à l'abandon, l'émotion est forte pour Mamette. Pourquoi les tunisiens ne les ont-ils pas entretenus ? L'explication vient rapidement : après la décolonisation la propriété fut utilisée dans un premier temps comme résidence de loisir pour la famille Bourghiba puis, transformée en ferme d'état, donnée en gestion à un membre du clan Ben Ali qui se contentait d'envoyer l'armée ramasser les olives afin de ne pas avoir à payer la main d'œuvre locale. La récente révolution a certes chassé le dictateur du pouvoir politique mais n'a pas touché à la propriété privée, même quand celle-ci provenait indiscutablement d'un vol.

Ensuite visite du bourg : il a peu changé avec ses ruelles blanches. On passe devant l'école de Laurent, Mamette reconnaît quelques magasins où elle s'approvisionnait. Déjeuner bien sympathique au restaurant de La Source, arrosé d'un délicieux Magon (vin de Mornag). Juste au-dessus l'incontournable Temple des Eaux dans le Parc national de Jebel Zaghouan, départ de l'aqueduc qui alimentait en eau potable la ville de Carthage à 60km au nord. Puis promenade sur la route forestière du Djebel Zaghouan et nous nous dirigeons enfin vers Thuburbo Majus.

Au-delà de l'aspect touristique et historique de ce site magnifique, nous y avons découvert une pratique bien sympathique que nous allions retrouver plus tard et ailleurs. À peine entré dans le parc, sans que nous ayons demandé quoique ce soit, nous fûmes pris en charge par un guide visiblement fort documenté (je l'ai vérifié par la suite sur Internet). Bien sûr il espérait un paiement à la sortie, mais ne nous l'a jamais réclamé et - paraît-il - ne l'aurait pas fait même si nous étions partis sans lui verser quelque chose. À nous d'apprécier, ou pas, la valeur de sa prestation. Voilà qui tranche avec la pratique en usage dans les soit-disant souks / pièges à touristes (j'y reviendrai). Et nous incite vraisemblablement à nous montrer plus généreux que nous ne l'aurions été autrement .

Le Capitole de Thuburbo Majus

Le capitole de Thuburbo Majus

Fin de la première journée, suite au prochain numéro.

(1) Il semble que, concernant Yasmine Hammamet, ce phénomène ne vienne que renforcer un problème plus ancien lié à la conception même de cette station balnéaire. Voir cet article de wikipédia.