Les médias,
généralement friands d'anniversaires, en ont, me semble-t-il, laissé passé un.
C'est en mars 1862, il y a donc 150 ans, que Victor Hugo commença la rédaction
des Misérables. Les deux premiers tomes parurent le 3 avril (Fantine et
Cosette), la suite le 15 mai (Marius, L'idylle rue Plumet et l'épopée rue
Saint-Denis, Jean Valjean).
La saga, articulée autour du personnage de Jean Valjean, commence en 1815 lors de sa libération du bagne et fini à sa mort en 1833 après le mariage de Cosette et Marius. D'un point de vue historique la période couvre depuis la fin de l'épopée napoléonienne (Waterloo) jusqu'aux émeutes de juin 1832 pendant la monarchie de juillet.
Ce roman est unanimement reconnu aujourd'hui comme un sommet de la
littérature française et mondiale. Il a inspiré plus de 35 films (dont le
premier dès 1907, sur la barricade par Alice Guy Blaché),
au moins 11 téléfilms, 6 dessins animés et une comédie musicale. C'est à la
fois un roman épique et un hymne à l'amour et à l'humanité, dont tout le monde
connaît le titre mais que bien peu ont lu.
Pourquoi donc est-il fait si peu de publicité à cet événement ? Parce
qu'à l'heure de l'I-machin la lecture serait devenue définitivement
ringarde ? Ou parce que nos élites biens pensantes seraient de l'avis du
royaliste Lamartine que « Les Misérables sont un sublime
talent, une honnête intention et un livre très dangereux de deux
manières : non seulement parce qu'il fait trop craindre aux heureux, mais
parce qu'il fait trop espérer aux malheureux » ?
Illustration : Cosette, tirée de l’édition Hetzel et Lacroix, Paris
1865.